Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Le docteur Lerne, sous-Dieu" de Maurice Renard (1908)
Nicolas Vermont décide de rendre visite à son oncle u'il n'a pas vu depuis des années. Ce dernier vit retiré dans sa propriété ou il se livre à d'étranges expériences.
Continuons donc sur notre lancée des savants fous - ou présumés tels- avec un spécimen particulièrement remarquable: le docteur Lerne de Maurice Renard. Remarquable en cela qu'il est l'un des plus complexes. En général dans le fantastique, le schéma consistant à amener un personnage dans un lieu ou il va lui arriver forcément des bricoles, ledit personnage se trouve face à un lieu et des personnes inconnus. Ce n'est pas le cas ici puisqu'il est censé retrouver son oncle - pour des raisons intéressées mais je vais y revenir. Certes, il découvre son parent changé mais il demeure néanmoins un proche. Ensuite, si Lerne est bien un savant est-il fou pour autant? On a tôt fait de considérer comme fou quiconque sort de l'ordinaire. En fait, le comportement du docteur cache une autre vérité bien plus terrible et qui touche au coeur du livre: l'identité. Lerne ne se contente pas de réaliser des greffes sur des humains, il peut intervertir les âmes et les corps au point qu'une confusion inquiétante s'installe. Qui est qui? Un animal ne cache-t-il pas un homme? Le domestique est-il vraiment ce qu'il semble être?
Cette atmosphère de doute et d'angoisse est renforcée par le caractère du neveu, pivot et narrateur du récit. Nicolas Vermont est en effet un personnage double qui dissimule ses vraies motivations sous le masque de l'amour familial. L'homme est égoiste, intéressé sans être tout à fait antipathique. Son sens de l'humour le sauve ainsi que les circonstances pour le moins extraordinaires autant que difficiles qui s'abattent sur lui.
L'autre intérêt du livre réside dans ses racines et son influence. Le livre de Renard arrive à l'aube du XXème siècle, soit après le Naturalisme et après l'opposé de celui-ci le Décadentisme. Le roman emprunte au premier une certaine brutalité au second la fascination pour l'étrange. Ce cocktail donne lieu à une approche réaliste du fantastique qui préfigure d'autres oeuvres non seulement littéraires mais aussi cinématographiques tels les premiers Frankenstein anglais de la Hammer ("Frankenstein s'est échappé", notamment) ou encore "Les yeux sans visage" de Franju.
Un grand livre sur la nature ambivalente de l'être humain à l'influence qui dépassa son époque.