Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: histoire d'une chanson: Money de Barret Strong
Il y a une controverse chez les amateurs de Rock'n'Roll quant à la définition du terme et l'origine même de cette musique. Elle pourrait se résumer par cette question: Rock'n'Roll ou Rhythm and Blues? Autrement dit, faut-il séparer le Rock'n'Roll de ses racines noires? Certes, les rockers blancs ont pris leurs distances avec les sources mais sans pour autant rompre avec elles. Quant aux rockers noirs, s'ils ont évolué bien souvent vers la Soul au début des années 60, genre qui s'éloigne en effet de la culture de la décennie précédente. Mais jusqu'à quel point?
Pour répondre, il convient de revenir à ce ventre mou de l'histoire du Rock, la période qui va de 1959 à 1962, soit le moment qui sépare 'l'âge d'or de la British invasion. Pour beaucoup, toutes tendances confondues, ce sont les années pourries. Le triomphe de l'eau de rose avec les roucoulades des Bobbies, les morts de Buddy Holly et d'Eddie Cochran, Elvis revenu dompté de l'armée converti au sirop, Chuck Berry en prison et Little Richard. Sans oublier les innombrables novelties, souvent clownesques. Bref, le côté un peu sulfureux du Rock semblait relégué dans les marges, voire tout simplement défunt. Pour autant, des résistances subsistaient, touchant parfois presque le grand public. Par ailleurs, ces années sont également marquées par des hésitations, des expérimentations, même. Ce fut particulièrement vrai pour la musique noire qu'on ne qualifiait pas encore de "Soul". Plusieurs artistes assurèrent ainsi le passage entre deux genres. Don Covay surnommé alors Pretty Boy pratiquait un Rock à la Little Richard, Gino Parks un Rockin Blues avec le titre "Same thing" mais s'il est une chanson qui constitue l'hybride parfait, c'est bien "Money (That's what I want)" de Bradford & Gordy. Oui, Berry Gordy déjà patron de Motown un des labels phares de la Soul qui écrivit cette ode à l'argent (Ce n'est pas une tare, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit!) alors qu'il en manquait, créa quelque chose qui avait un pied dans chaque époque, comme le prouvèrent les reprises des Beatles et de Jerry Lee Lewis. Icônes Pop, icône Rock'n'Roll.
Pour la petite histoire, Gordy pensait interpréter son morceau lui-même, mais le donna finalement à Barret Strong après que celui-ci l'eut jouée au piano et ce bien mieux qu'il ne l'aurait fait lui-même. C'était tout à son honneur.