Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Le cerveau du nabab/Donovan's brain" de Curt Siodmak (Etats-unis, 1942)
Le docteur Cory, un médecin qui mène des recherches sur le cerveau s'occupe particulièrement du défunt milliardaire Donovan pur le compte de la famille de celui-ci. S'il échoue d'abord à réanimer le cadavre du défunt, il finit par entrer contact avec le cerveau de ce dernier, lequel ne tarde pas à le manipuler.
Publié en 1942 aux Etats-unis, "Le cerveau du nabab" appartient à la grande famille des disciples de Frankenstein, tendance chirurgie cérébrale. Les passionnés de la matière grise, cousins plus ou moins éloignés du baron, ont en effet essaimé dans la littérature et le cinéma fantastique. Curt Siodmak n'en a sans doute pas apporté la mode, néanmoins son livre annonce une tendance récurrente dans le genre depuis le milieu des années 40 - via notamment "The lady and the monster", adaptation de son roman- jusqu'à la fin des années 70. "Le cerveau de la planète Arous" "Le cerveau qui ne voulait pas mourir" voire "They saved Hitler's brain" en sont la preuve. Sans oublier "Le cerveau d'un milliard de dollars" roman du britannique Len Deighton porté ensuite à l'écran par Ken Russel avec Michael Caine. La tendance s'accentua avec l'émergence de l'informatique et de la terreur que cette technologie suscita. Des ordinateurs - autrement dit des cerveaux crées par l'homme- menaçaient le règne humain, jusqu'à se reproduire avec une femme comme dans "Génération Proteus"
On n'oubliera pas non plus "L'homme aux deux cerveaux", variation comique sur le thème.
Mais Siodmak posa les bases de ce type d'histoires avec ce mélange de science fiction et de roman noir, créant un pont entre deux genres qui partagent souvent l'angoisse comme tronc commun. Fait intéressant, le livre fut publié pour la première fois chez nous par Gallimard dans l'éphémère collection Série Blême. Entre la Série Noire et autre chose. Mais quoi? Tout ce qu'on voulait susceptible d'hybrider le genre. Genre déjà hybride par essence en regard des sous-genres qu'il a engendré. Le polar SF, comme c'est le cas ici, que certains nomment aujourd'hui "Tech noir"