Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "L'ensorcelée" de Jules Amédée Barbey D'Aurevilly (1852/1854)
Une aristocrate mariée à un acquéreur de biens nationaux est envoûtée par un prêtre victime des tortures des révolutionnaires.
Publié en feuilleton en 1852 dans "Le journal de l'assemblée nationale" puis en volume d'un seul tenant en 1854, "L'ensorcelée" forme une continuité avec le précédent roman de Barbey d'Aurevilly "Une vieille maîtresse" paru en 1851 et tranche paradoxalement avec ce dernier. Barbey dira lui-même que jusqu'à cet ouvrage il se considérait comme "Réaliste" alors qu'il entre ici dans un monde rempli des superstitions et des légendes du Cotentin, sa région natale, alors qu'il ne faisait que l'effleurer dans "Une vieille maîtresse" ou Velini, le personnage titre, semblait pourvue de pouvoirs surnaturels.
Cet aspect s'harmonise avec l'univers de l'auteur ou se mêlent aristocrates et paysans, amours impossibles, en l'occurrence entre une femme mariée et un prêtre (C'était déjà le thème de sa toute première nouvelle "Léa" et sera en un sens celui de son ultime oeuvre romanesque "Ce qui ne meurt pas") et bien sûr des figures d'hommes et de femmes remarquables. Et tragiques. Forcément, quand on connaît l'écrivain. Jeanne Le Hardouey, noble mariée à un profiteur de la révolution, et l'abbé de La Croix Jugan, victime de la même catastrophe qui en porte les marques sur son visage atrocement défiguré.
C'est aussi un homme fatal, un qualificatif qui pourrait s'appliquer à nombre de personnage du Connétable des lettres, les héroines vénéneuses des "Diaboliques" ou le moine errant de" Une histoire sans nom". Une fatalité qui s'applique en l'espèce à l'amour et qui frappera Jeanne.
Le tout baigne dans une atmosphère de magie, entretenue notamment par le groupe des bergers errants, sorte de clochards offrant leurs services, lesquels ne relèvent pas que de la garde des moutons. Ces hommes font également le commerce de sortilèges, ce qui explique la crainte qu'ils inspirent à la population. Leur allure est à l'avenant de leur réputation, des visages d'albinos qui serait un héritage des ancêtres vikings installés dans la région.
Barbey dira qu'il aura tenté ici de faire du Shakespeare dans le Cotentin. En fait, il aura convoqué Walter Scott, Edgar Poe et ses contemporains Dumas (Ce qu'il n'aurait guère apprécié, ayant traité le père des "Trois mousquetaires" de "Shakespeare trissotin") et même Hugo (Autre collègue qu'il n'aimait pas!), période "L"homme qui rit" pour produire une oeuvre n'appartenant qu'à lui.
A lire absolument!