Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Elémentaire mon cher Holmes" de René Réouven (1982)
A la fin du XIXème siècle, deux hommes Joseph Bell et Alfred Wood en viennent à enquêter sur les meurtres de Jack l'éventreur. C'est le début d'une aventure parsemée de rencontres et de dangers qui va emmener les personnages jusqu'en Amérique.
Il ne vous aura pas échappé que le nom de l'auteur sur la photo de couverture ne cadre pas avec celui figurant au début de cet article. C'est bien entendu parce qu'il s'agit d'un pseudonyme, René Réouven en a d'ailleurs beaucoup utilisé.
Ce malentendu éclairci, qu'en est-il du livre? D'abord, et cela ne vous aura pas échappé non plus qu'il y est question de Sherlock Holmes auquel le titre fait référence non sans ironie. On est cependant pas tout à fait dans le pastiche, comme "La solution à 7%" de Nicholas Meyer, car le célèbre détective n'y apparaît jamais. Ceux ui attendaient la pipe, le violon et la cocaine en seront donc pour leurs frais. Néanmoins, s'il n'est jamais cité, le locataire de Baker street est constamment présent. Déjà par le véritable héros du livre, le docteur Bell qui exista réellement et fut une inspiration pour Conan Doyle. L'homme était un chirurgien parfois consulté par la police dans le cadre d'enquêtes, préfigurant en cela le métier de médecin légiste. Quant à l'autre héros du récit, Alfred Wood, il porte le nom du secrétaire de Conan Doyle. A ce titre "Elémentaire mon cher Holmes" est une mise en abyme du réel et de la fiction et du réel qui nourrit la fiction. Les figures historiques ne manquent d'ailleurs pas dans ce roman, ente Joseph Conrad, Robert Louis Stevenson (qui est à la source de l'intrigue lors du prologue) Jules Bonnot (Ce qui permet à l'auteur un clin d'oeil à Arsène Lupin) autant d'écrivains majeurs de l'ère victorienne qui tracent le portait d'une époque et par là même le monde dans lequel est né Sherlock Holmes. Il s'y ajoute une cartographie des bas-fonds d'alors, londoniens ou New-Yorkais, renvoyant aux ouvrages de Kellow Chesney (The victorian underworld) et Herbert Asbury (Gangs of New York, ce qui nous vaut la présence des "Dead rabbits)
Bien sûr, il y a l'affaire Jack l'éventreur, fil rouge du récit, il donne l'occasion au romancier d'exploiter une certaine thèse - une des plus vraisemblables- pour étayer le propos de son histoire.
Au final "Elémentaire..." est un jeu littéraire fascinant qui explore les fondements d'un imaginaire qui a irrigué et irrigue encore le cinéma et la littérature. Robert Bloch, Alan Moore, es films de la Hammer, et bien d'autres ont puisé directement et indirectement chez Conan Doyle et dans l'univers qui a inspiré ce dernier. Merci à René Réouven de nous le rappeler, surtout avec autant de brio!