Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "J'aurai la peau de Salvador" et "Le cheval d'Espagne" de André Héléna (1949 et 1960)
"J'aurai la peau de Salvador": Un combattant républicain de la guerre d'Espagne veut à tous prix se venger de Salvador, l'homme qui l'a trahi.
"Le cheval d'Espagne": De vieux combattants de la guerre d'Espagne rêvent leur vengeance conte un tortionnaire à la solde de Franco surnommé "Le cheval d'Espagne"
L'Espagne, la guerre civile, la vengeance. Voila ce qui rassemble ces deux romans de André Héléna écrits à dix ans d'intervalle. "Mais si les thèmes sont les mêmes, le traitement diffère radicalement. "J'aurai la peau de Salvador", est centré sur Joselito, gamin du Barrio Chino. Après la mort sordide de ses parents, il passe de la mendicité à l'état de gigolo avant de devenir truand et révolté en raison du contexte de guerre civile latente. Lorsque cette dernière éclate, Joselito s'engage du côté républicain et c'est là qu'il se fait doublé par le Salvador du titre, el famoso! Le livre bascule alors dans une chevauchée de la vengeance. Le récit porté par une langue nerveuse, argotique qui évite cependant le maniérisme de Simonin et Le breton. Et surtout par la jeunesse du héros, la première de ses forces contre la misère, la vie sordide et le désespoir.
"Le cheval d'Espagne" met en scène au contraire des hommes d'âge mûr pour qui le temps de l'action n'est déjà plus qu'un souvenir, une action qui est remplacée par la mémoire d'une guerre perdue, d'idéaux brisés et par la dialectique. Reste cependant parmi eux un homme encore prêt à agir, Hernandez et qui n'est pas tout à fait ce qu'il paraît être. D'ou le retournement de situation final complètement invraisemblable qui contredit maladroitement la noirceur de l'ensemble. sans doute une concession aux éditeurs.
Quoiqu'il en soit, ces romans appartiennent à ce qui pourrait être qualifier de la veine espagnole de l'auteur, ne sont pas les meilleurs de celui-ci. Les répétitions de "J'aurai la peau..." et le dénouement un brin ridicule du "Cheval d'Espagne" gâchent un peu l'ensemble, sans compter le manichéisme parfois lourd et souvent fréquent dès qu'il s'agit d'aborder cette période douloureuse de l'histoire espagnole et de l'histoire tout court. Néanmoins, c'est paradoxalement ce qui en constitue l'intérêt. En effet, la guerre civile qui ensanglanta la péninsule ibérique fut la source d'indignation, de passion et d'inspiration de nombreux écrivains - dont beaucoup s'engagèrent parfois physiquement dans le conflit. Ce ne fut pas le cas de André Héléna, contrairement à ce que prétendit la légende. L'auteur tenta bien de rejoindre le front, mais il en fut vite empêché, rattrapé par son âge (Et accessoirement son père, ce n'est pas clair) Il ne fréquenta pas non plus les milieux anarchistes comme ce fut le cas de son confrère Léo Malet. Pourtant, il sut évoquer la rage et la désillusion suscitées par cette tragédie. La rage dans "J'aurai la peau.." et la désillusion dans "Le cheval d'Espagne"
Au final, deux livres qui présentent une vraie valeur bien que n'étant pas aboutis. A lire? Eventuellement.