Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Le jardin des supplices" de Octave Mirbeau (1899)
A la Belle-époque en extrême-orient, un médecin à la dérive rencontre une anglaise dévoyée qui lui fait découvrir le" Jardin des supplices", lieu dédié aux tortures les plus terribles de la Chine.
"Le jardin des supplices" est l'un des romans les plus célèbres de Octave Mirbeau et aussi l'un des plus durs. Auteur parmi les plus furieux de la Belle-époque (Léon Bloy, Georges Darien notamment) Mirbeau ne s'était pas privé de violentes charges contre la société de son époque. La religion dans "L'abbé Jules", la domesticité dans "Le journal d'une femme de chambre" ou l'armée (Et la religion, encore une fois) dans "Sébastien Roch". Ici, c'est la colonisation qui est visée par la confrontation entre les horreurs commises par les colonisés et la fascination qu'elle exerce sur les occidentaux - lesquels sont représentés par le personnage de la britannique perverse et nullement ingénue.
Si le discours dénigrant l'occident est un poil redondant et, disons-le, pénible, le propos sur la fascination du mal et le lien entre violence et déclin est autrement plus intéressant. En effet, le livre bâti sur une épanadiplose s'ouvre sur un repas entre hommes du monde. Ces derniers en viennent à parler de violence. Cela suscite l'intervention d'un convive, un médecin qui va raconter son histoire. justement en rapport avec ce qu'il y a de plus vil dans le coeur des hommes. Le mal et la souffrance d'autrui que certains se délectent à regarder telle la mystérieuse anglaise ou à pratiquer tel le bourreau qui se désole de l'arrivée prochaine des japonais. La Chine est en effet alors l'homme malade de l'Asie. Cela renvoie également à nos propres tares, nous les lecteurs, ce plaisir que nous pouvons éprouver devant des visions d'horreur.
Un grand livre. A lire mais avec prudence!