Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: John Lennon, et après?...
1) Imagine...
Il y a quarante cinq ans et des brouettes, John Lennon périssait sous les balles d'un paumé, admirateur déçu, Mark David Chapman. Certains virent dans cet événement la clotûre des années 70. Cette théorie a fait long feu (Sans mauvais jeu de mots) comme le souligna Nick Kent dans la conclusion de son excellent ouvrage "Apathy for the devil". En effet à la veille de son assassinat, Lennon sortait tout juste d'une retraite de cinq ans. Cinq années s'étalant de 1975 à 1980, soit la moitié de la décennie susmentionnée. Cinq années sans disques ni concerts, pendant lesquelles le musicien passa le temps dans son lit, à se promener tout nu devant son employée de maison ou à s'extasier devant son fils en train de déféquer dans le luxueux appartement du Dakota building. Certes il s'offrit une croisière dirigée par lui-même aux Bermudes (Ou ailleurs, je ne sais plus) tandis que son épouse gagnait des prix au salon de l'agriculture de New York. La vache Lennon eut en effet une médaille à cette occasion. Non, il ne s'agissait pas de Yoko Ono, mais j'y reviendrais.
Quoiqu'il en soit, Lennon avant de mourir était selon les mots de je ne sais plus qui "Le has been le plus célèbre du monde". Aussi sa fin tragique fut-elle au commencement de sa déification. Le mot n'est pas trop fort. Il n'y a guère qu'Elvis qui puisse partager ce titre et encore loin derrière. Lennon, le porteur de paix, Lennon, le féministe, l'homme de l'harmonie entre les peuples etc. Arrêtez, la coupe est pleine!
Il convient au milieu de cette idolâtrie de remettre les choses à leur place et de rendre à César ce qui lui appartient.
Il n'est pas question ici de mettre en doute ou de disserter sur le talent musical de l'ex-Beatle et accessoirement ex-vivant. Car, il ne vous aura pas échapper que le culte dont fait l'objet le natif de Liverpool a en fait peu à voir avec l'art mais beaucoup avec autre chose. Quoi?
Avant de répondre, il convient de rappeler cette évidence: les artistes plaisent grâce à leur musique mais à compter d'un très haut degré de popularité, l'art devient accessoire. Ils deviennent sinon des gourous, au moins des modèles. Le message qu'ils transmettent alors est toujours le même: "J'y suis arrivé, alors pourquoi pas vous?" Ainsi, un gugusse comme Robert Smith a-t-il pu prouver qu'on pouvait y arriver avec une tronche de cake et un balai espagnol sur la tête. Non que ses fans soient au jour ou l'on parle des musiciens reconnus, mais simplement des adultes qu'un chanteur adoré aura aidé à surmonter l'adolescence. C'est ce qui se passe quand l'artiste et son public demeurent raisonnables. Mais avec Lennon, on est sur une échelle infiniment plus élevée. En rien comparable.
La célébrité affecte la psyché, Lennon en fut affecté comme nombre de ses pareils, au point de croire u'il changerait le monde. Et en avant les protestations salonnardes, le renvoi de médaille contre les guerres du Vietnam et du Biafra, les discours en pyjama du fond de sa chambre d'hôtel et les pieds de nez à Al Capp. Ce qui ne l'empêcha pas de chanter que le rêve était fini puis de tout oublier en bêlant d'imaginer que le monde serait meilleur sans pays et ce tout en demandant la nationalité américaine.
Puis, il se remit à contester, pour le droit des femmes, des irlandais et des taulards (Pas de jaloux!) jusqu'à ce que le F.B.I lui tire l'oreille. S'il voulait sa carte verte, il faudrait y mettre du sien, autrement dit, une sourdine. Lennon, bien sage, mit une sourdine puis limita ses activités à la musique.
Avant le grand silence. Mais malgré le grand silence, quelqu'un restait et qui était dans l'histoire depuis 1968. Yoko.
2) La gloupie excrusive
Quitte à en surprendre certains, je vais prendre la défense de l'artiste conceptuelle japonaise D'accord, cette femme a donné bien des fois le bâton pour se faire battre. Ses interventions musicales dispensables (Au point que lors d'une émission de télévision, un technicien coupa son micro, véridique!) son art d'une valeur discutable, le rôle de veuve abusive qu'elle a endossé un peu trop vite. Entre autres choses.
Mais ce qui lui fut le plus reproché, ce fut d'avoir suscité la séparation du groupe (Ce qui est faux, mais c'est un autre débat) et d'avoir écrasé son mari. Cet état de fait apparut dès qu'elle fut entrée dans la lumière. Les caricaturistes ne ratèrent pas l'occasion, en particulier David Levine qui la représenta (Voir image ci-dessus) en géante tenant en laisse un Lennon réduit à l'état de minuscules scarabée (Beetle!) à à tête humaine et désolée. Intitulé "La gloupie excrusive", le dessin, féroce pour le moins, montrait un homme dominé, presque anéanti en tout cas à la merci de sa femme.
Tout cela était vrai. Les témoignages et l'attitude de Lennon le prouvent. Mais si Madame Ono,veuve Lennon est coupable dans l'affaire, Lennon y a aussi sa part. Madame lui a pris ses couilles, mais il les lui a livré sur un plateau. Sacré Lennon! Il faut comprendre par là que sa soumission était acte de repentance, lui qui ne 'était pas privé de troncher de la groupie à tour de bras du temps de sa splendeur. Yoko, la grande lumière, lui avait fait prendre conscience "à quel point il était dans l'erreur" - propos tirés d'un entretien publié dans le magazine "The red mole" au journaliste et écrivain Tariq Ali, voix de l'ultra-gauche britannique. En conséquence, il devint une carpette.
En cela, Lennon peut se voir comme l'un des précurseurs du Wokisme. Si on ajoute à cela les chansons évoquées plus haut en faveur des minorités opprimées ( Et figurant sur l'album "Some time in New York city), le tableau est complet. Pardon d'être un homme en blanc, pardon d'être hétérosexuel, pardon d'être riche, pardon, pardon, pardon. De quoi recaler n'importe quel flagellant de Séville.
Il trompa quand même son aimée avec sa secrétaire (Liaison par ailleurs téléguidée par Madame Ono en personne), passa du temps pas très bon à Los Angeles à se saouler et accessoirement à se consacrer à la musique et pas qu'un peu, puisque outre l'enregistrement de deux disques personnels, il occupa ce temps à collaborer avec David Bowie, Harry Nilsson, Elton John et Johnny Winter. Il appelait ça son ouiquènede perdu, décidément cet homme était adepte de "Faites ce que je dis, pas ce que je fais".
3) Conclusion.
Et après? Puisqu'il faut bien conclure (Comme dirait Jean Claude Duce) que retenir de la mort de Lennon que quelques uns n'auront pas manqué de célébrer? Deux choses. D'abord, les thèses de la gauche radicale. Certes, il n'en n'était pas l'auteur et il n'y croyait pas forcément (Quelqu'un de son entourage confia qu'il adoptait certaines opinions comme des fringues à la mode) Néanmoins, cela porta par ses déclarations publiques ou ses chansons. Preuve en est les récentes funérailles de l'ex-président américain Jimmy Carter durant lesquelles fut jouée "Imagine". Un hymne contre les états. Curieuse façon de rendre hommage à un ancien chef d'état mais logique en regard de notre époque encore irriguée par les idéaux soixante-huitards. Dont Lennon était un porte-voix.
L'autre chose est ce qu'on pourrait appeler la fin des légendes. Ou des mythes, à votre gré. Comme l'a noté un magazine que je n'apprécie guère mais qui s'avère parfois pertinent (En l'occurrence, "Les Inrocks") La célébrité attire les fous. Quand ces derniers l'obtiennent, ils ne changent pas, ils laissent libre cours à leurs penchants. Quand ils ne l'ont pas, ils se contentent de la vivre par procuration en admirant une vedette de leur choix. Ou décident de s'y hisser à n'importe quel prix. Y compris celui du sang. Mark Chapman opta pour cette solution, frustré de la gloire traumatisé par "L'attrape-coeur" dont il avait sur lui un exemplaire au moment de commettre son geste. Cela renvoie, toujours pour citer les Inrocks, au personnage joué par Robert de Niro dans "La valse des pantins" de Martin Scorsese, admirateur compulsif d'un comique de télé interprété par Jerry Lewis,qui décide d'enlever son idole afin de passer dans son émission. Moins violent et certes fictif, cette figure incarne néanmoins cette soif de célébrité de messieurs tout-le monde qui les mènent au pire. A ce titre, le film de Scorsese reflète avec acuité ce New York des années 80 débutantes hantées par la mort de Lennon et annonce avec celle-ci un phénomène que nous ne connaissons que trop bien: la télé-réalité. Vous n'avez que vous-même à offrir? Cela fera bien l'affaire devant une caméra. Jerry Lewis avait d'ailleurs anticipé lui-même le désastre dans son film" Le zinzin d'Hollywood" mais je m'égare.
Chapman déclara en prison qu'une pochette de disque l'avait amené à tuer Lennon et qu'en somme, il avait voulu tuer une pochette de disque. Il a dépassé cette modeste espérance. Il a tué l'idée même de mythe. Tout ceux qui succédèrent à Lennon ne furent que de simples vedettes populaires ce qui n'est rien comparé à un mythe. C'est sans doute cela qui explique aussi la pérennité de sa gloire. Il n'est pas remplacé.
J' ai bien conscience du ton acide de ce billet et qu'il est probablement mesquin de ne juger un homme que par ses travers, aussi agaçants et néfastes furent-ils. Alors, pour conclure sur une note pas trop mauvaise, je dirais qu'il ne faut pas oublier que Lennon donna à rêver, un mérite que plus personne ne peut s'attribuer, pour le meilleur et pour le pire, mais il donna à rêver.
Pour finir, et ce en guise d'idées de cadeaux de Noel, ce t-shirt et cette écharpe pour vous ou vos proches. D'accord, encore du sarcasme, mais n'était-ce pas le ton de cet article?