Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: De Loana et des dents de la mer....
"Elle fut la première..." Cette phrase qui servit d'accroche à l'affiche française des "Dents de la mer" conviendrait également à Loana. Telle la nageuse du film de Spielberg, elle finit dévorée par beaucoup plus fort qu'elle. Certes elle ne fut pas la victime d'un prédateur marin géant mais d'un système tout aussi dangereux. Mais à la différence de la baigneuse, la bimbo du Loft était consentante, bien que pas tout à fait consciente des risques qu'elle prenait en s'exhibant devant les caméras. Après tout, l'expérience était nouvelle.
Quoique... l'envie de se montrer et de montrer n'est pas nouvelle La nouveauté, c'est la présence envahissante de l'image depuis l'apparition de la télévision jusqu'à l'avènement d'Internet. Et entre les deux, la téléréalité. Si ces manifestations de la technologie ne sont ni mauvaises ni bonnes, Le mal ici, c'st l'usage qui en est fait. Comme encourager les rêves de gloire. " Un homme dans la foule" de Elia Kazan fut l'un des premiers films à aborder ce sujet en narrant le destin tragique d'un prisonnier devenu célèbre grâce à une émission de radio qui révèle ses talents d'humoriste. Emporté par ce succès, il perd le contact avec la réalité, au point d'insulter son public. Jerry Lewis enfoncera le clou plus tard par "Le zinzin d'Hollywood" avec son grouillot devenant star parce qu'il a semé la panique lors d'un tournage. S'il est un film qui a prédit la téléréalité, c'est bien celui-là. Contrairement au héros du film de Kazan, celui de Lewis n'a aucun don, il est lui simplement. Ce qui émeut un responsable de studio qui déclare sans rire:" Cet homme se communique!" Qu'est-ce d'autre que la téléréalité?
C'est aussi ce qui arrivera à Pierre Richard dans "Les malheurs d'Alfred" avec sa bande de bras cassés recrutés pour un jeu télévisé précisément parce qu'il sont nuls...et parisiens! Tout cela pour flatter leurs opposants provinciaux - et accessoirement les calmer ("Le Berry indépendant" clame l'un d'eux avant d'être dégagé du cadre) Et "Salo ou les 120 journées de Sodome" qui, s'il ne traite pas de télévision (L'action se situant à la fin de la seconde guerre mondiale) montre la souffrance érigée en spectacle par le pouvoir. Inspiré par "Les 120 journées de Sodome" de Sade, le film de Pasolini transpose l'action de ce dernier dans l'Italie de la fin du fascisme. Quatre personnages séquestrent des jeunes gens dont ils abusent moralement et physiquement. Le pire étant qu'ils parviennent à conditionner leurs victimes à l'obéissance.
On en vient au deuxième point: le consentement. Ce concept très en vogue de nos jours et parfois détourné de son sens peut en effet être obtenu contre le gré d'autrui, aussi paradoxal qu'il paraisse. Et pour cela, il n'est pas indispensable d'avoir recours aux armes. La promesse d'une gloire ou tout simplement d'un peu d'attention suffit.
C'est là le tour de passe-passe accompli par la téléréalité. Un miroir aux alouettes dans lequel s'est perdu Loana. Un destin tragique dont tous les films cités plus haut ont été les présages. Il ne s'agissait alors que de fiction, désormais, c'est notre (télé)réalité.