Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: Drogue: de l'extase au scandale, ou du tonique à Rima Hassan.
Les récents ennuis judiciaires de Mme Hassan m'ont donné envie d'évoquer les rapports tortueux de la société avec les stupéfiants. Il ne s'agit pas ici de juger, entendons nous bien. J'ai comme tout le monde mon avis sur le sujet, mais je ne compte pas le donner dans ce blog qui n'a pas une vocation moraliste. Ni dans un sens, ni dans l'autre.
Ceci posé, quid de la drogue? Il convient de revenir à la source, laquelle se trouve à l'étranger. En effet au départ, les stupéfiants étaient présents sur la plupart des continents, à l'exception de l'Europe. Certes, il y avait bien des potions qui font rire, mixtures ou brouets de sorcières, mais pour autant que je sache, la chose se limitait à ces exceptions. Si toutefois quelqu'un aurait des connaissances échappant à votre serviteur, il est le bienvenu en commentaires. Trêve de plaisanteries, La drogue était donc un peu partout. L'opium en Asie, le Haschich en Afrique, le Peyotl en Amérique latine. D'origine végétale, il servait déjà de fuite, d'adjuvant lors de rituels plus ou moins magiques, voire parfois de médecine. La colonisation ouvrit la porte aux occidentaux à ces substances. Elle devint partie intégrante de quelques aventuriers, poètes ou excentriques. C'était le temps de la guerre de l'Opium, du club des hachichins cher à Baudelaire et Théophile Gautier, des amours jaunes de Tristan Corbière ("Boy, une pipe encore...)
Bref, la drogue faisait rêver.
Mais pas que. Au dernier tiers du XIXème siècle, un jeune savant corse du nom d'Angelo Mariani créa une boisson énergétique dite "Coca Mariani". Le produit - dont son inventeur n'oublia pas de déposer le brevet- rencontre très vite un immense succès. Succès de surcroit validé par de nombreuses personnalités, parmi lesquelles les écrivains Jules Vernes et Léon Bloy, le comédien Berthelier. Ce fut d'ailleurs une artiste, une cantatrice dont l'histoire n'a pas retenu le nom qui lança la potion magique qui lui avait désenroué la voix. Mais le breuvage du docteur Mariani ne fut pas qu'une lotion à éclaircir la voix. Elle donna du coeur au ventre des poilus au point que les maréchaux de France en vantèrent les mérites, à commencer par Pétain en personne qui déclara dans une publicité "Les français devaient gagner la guerre car ils avaient pour eux le Coca Mariani, le roi des pinards!" (Le maréchal tressera ensuite les les lauriers des cures de Vichy, mais c'est une autre histoire) Dont acte.
Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et pourtant, déjà le mal se dessinait. Depuis longtemps. Depuis Thomas de Quincey, l'écrivain britannique auteur de "Confession d'un mangeur d'opium anglais", ou il relate sa propre histoire d'amour avec le pavot, pour le moins douloureuse(Il connut de nombreux imitateurs, dont le journaliste Yves Salgues à la fin des années 80). Baudelaire le traduisit en français, ce qui ne le dissuada pas pour autant de s'adonner aux "Paradis artificiels". Pour dire les choses clairement;: on sait déjà que les drogues sont dangereuses mais cela n'intéresse personne.
Le lendemain de la Grande guerre sonne toutefois un signal d'alarme quant aux dangers du vin de combat distribué aux soldats. Il est indésirable dans le civil. C'est durant les années 20 que l'attitude envers la consommation change. Marquée par la Prohibition envers l'alcool, l'Amérique qui considérait jusque là les drogués comme des malades criminalise ces derniers. La guerre contre la drogue commence à ce moment. Ce qui n'empêche pas les psychotropes de fasciner, au contraire. La chanson s'en fera le reflet par "Cocaine" de Nitta-Jo ou le bien nommé "Opium" de Marcels. Le cinéma s'en emparera avec "Reefer madness", lequel aura une descendance jusqu'à nos jours- De "L'homme au bras d'or" avec Sinatra et le français "L'esclave" avec Daniel Gélin qui connaissait un peu la question aux films sur LSD de la période hippie, en passant par le "Scarface" de De palma et bien d'autres, on ne compte plus les pellicules traitant du thème. Avec des tons très différents. La dénonciation, la fascination, la complaisance, c'est selon. Néanmoins, le souffre dégagé par les stupéfiants font vendre. Par ailleurs, il faut noter la disparition des freins quant au sujet. Sur les écrans comme dans la vie. Les célébrités toxicomanes ne se cachent plus. Richard Pryor, star comique, ne dissimula pas son overdose en 1980 qui le transforma en torche humaine, Paul McCartney n'eut pas honte de son arrestation cette même année au Japon pour possession de Majijuana (Il écopa de dix jours de prison pour la peine) En France, l'addiction à la cocaine de Françoise Sagan suscita de nombreux remous, notamment à cause de la pétition en faveur de la romancière que la police jugea "irresponsable"
Tout cela pour dire que la drogue passa de l'artisanat à l'industrie, d'un produit toléré puis prohibé. Elle exerça - et exerce encore- une fascination souvent teintée de crainte et de dégoût. Mais quoiqu'il en soit, dès lors qu'elle touche à des "personnalités", elle fait à chaque fois scandale. Si certains parmi les gens connus, voire très connus, admettent leur faute, d'autre n'assument rien. Comme lorsqu'il s'agit de politiques, tel Marion Barry, maire de Washington D.C amateur de crack, ou une certaine députée française d'adoption....