Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: Flic mais avec du style!
Après les truands, nos anges gardiens devaient logiquement avoir leur article convoquant les mannes de BAMF Style et de Hugo Jacomet. Les gangsters ont du style, les flics aussi. A ce propos, il est intéressant de noter l'évolution des vêtures des représentants de l'ordre dès lors qu'ils sont en civils. Du temps du Tigre, je veux dire le Tigre, Clémenceau, ils portaient un uniforme civil reconnaissable au chapeau melon et aux souliers cloutés. Il a été évoqué en littérature par Marcel Aymé dans "La traversée de Paris" ou encore par Léo Malet dans ses "romans doux", parmi lesquels le très doux "La vie est dégueulasse". t bien sûr Hergé qui immortalisa cette allure par les inénarrables Dupont et Dupond.
Le cinéma s'en empara forcément mais avec un temps de retard, les années 30 étant celles du gangster roi, le premier d'entre eux demeurant "Scarface". Mais après la disparition du gangster en tant que star et l'avènement du film noir, le policier devint un des personnages du genre nouveau. Raide, en baggy suit et Fedora, honnête, corrompu, rigide voire psychopathe, il fait partie du décor comme Sterling Hayden dans "Crimewave" de André de Toth. Le flic alors est strict, sinon menaçant.En tous cas raide. Jack Webb, incarnation ultime de cette figure trimbala son feutre, son flingue et son insigne du film "La police est sur les dents" à la série inspirée par ledit film des années durant. Il trouvera un équivalent à Honolulu en la personne de Steve Garret dans "Hawaii police d'état" Strict, il l'est de deux côtés de l'Atlantique. Tout n'excluant pas la bonhomie. Il en va ainsi de Gabin en Maigret qu'il interpréta trois fois. L'imper, le pardessus, le chapeau continuèrent longtemps à tenir lieu de panoplie jusqu'au début des années 70. Bourvil et Montand dans "Le cercle rouge", Michel Bouquet dans "Un condé" Flic intègre presque moine soldat pour Bourvil, dévoyé pour Montand, brutal et borné pour Bouquet.
Pour revenir aux Zouèssè, Sinatra portera encore le chapeau et sera le dernier des mohicans du feutre dans "Le détective" éclipsé cette même année 1968 par Steve MacQueen au col roulé dans "Bullit"Le flic sans chapeau mais toujours en costume s'impose lors de la décennie suivante, incarné par le sarcastique et féroce "Inspecteur Harry" campé par Clint Eastwood, toujours classe, y compris quand le mercure monte. Pour la petite histoire, le rôle du vengeur de San Francisco était prévu pour...Sinatra!
Delon fut un "un flic" en costume. Belmondo alterna costard cravate, blouson cravate, et tenue noire pour la scène finale de "Peur sur la ville". Le chapeau et une élégance plus stricte ne revenait que dans des évocations du passé, Ben Johnson et son Homburg dans "Dillinger".
Mais il y eut une rupture plus franche, plus radicale avec "Serpico", sa barbe, son bonnet, se cabans. L'acteur cubain, italien d'adoption et supertsar transalpine, Tomas Milian fut celui par qui le malheur arriva en parodiant la dégaine hippie de Pacino dans une série de comédies policières mettant en scène le policier Nico Giraldi. Il est à ce titre intéressant de voir l'évolution de l'acteur susmentionné. Ce dernier joua pour la première fois un policier dans "Bandits à Milan" tiré à quatre épingles et, pourrait-on dire, un brin affecté avec son fume-cigarette..avant de passer au blouson casquette moustache dans "Brigade volante" pour aboutir au débraillé extravagant de Nico Giraldi (Une dégaine partagée avec un autre de ses personnages fétiches le truand Monezza)
Mais cela demeure un ravalement de façade. Pour décontractés qu'ils soient Serpico ou ses doubles parodiques, restent des policiers fidèles à leur mission. Serpico en particulier - et l'exemple est d'autant plus fort qu'il s'agit d'un personnage réel- car il va jusqu'à combattre la corruption de ses collègues.
La télévision va s'en faire l'écho avec un peu de retard via "Starsky et Hutch" qui s'ils affichent jeans pattes d'eph', twin-sets et vestes en cuir n'en sont pas moins des enquêteurs efficaces et sans complaisance à l'égard des criminels. A ce titre, la violence et le relatif réalisme de la série suscita la controverse au point d'amener les créateurs à y insuffler un peu plus d'humour et de légèreté. Elle exerça du reste une certaine influence - voir à ce propos le "Sergent Anderson" joué par Angie Dickinson et son équipe pour le moins bigarrée. Ou encore par chez nous "Commissaire Moulin" qui passa du costume au perfecto grâce à "Starsky et Hutch". Le duo californien permit en effet à Yves Rénier à faire évoluer son personnage.
Puis vinrent les années 80. Et c'était le retour de balancier. Le costume revint. Sobre chez James Woods dans "Cop", outrageusement à la mode dans "Deux flics à Miami". Il parera même les détectives pour rire, Leslie Nielsen dans "Police squad" (Qui servit de matrice aux films "Y-a-t-il un flic...") ou "Sledge Hammer", caricature de Dirty Harry. Le Fedora reviendra brièvement, en l'occurrence sur la tête de Mickey Rourke dans "L'année du dragon". On notera enfin un cas intéressant, le duo de "Police fédérale Los Angeles" avec un John Pankow cravaté et un William Petersen en tenue plus sport. Différence vestimentaire exprimant la différence de caractère, le personnage de Pankow étant respectueux des lois et celui de Petersen étant un chien fou.
Mais n'importe comment, la boucle était bouclée.