Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
"Le jouet" de Francis Veber (France, 1976)
Un journaliste fraîchement engagé dans un grand quotidien, accepte de servir de "jouet" à un gosse de riches capricieux qui se trouve être le fils de son patron. Cette relation absurde va révéler et transformer bien des choses.
Les années 6, c'est reparti, cette fois, bonjour les années 70!
Quand "Le jouet" sort en 1976, Pierre Richard est alors au sommet de sa gloire. Pourtant, le film, sans être un échec, commercial, ne se hisse pas au niveau des précédentes comédies tournées par l'acteur. Première réalisation de Francis Veber, jusque là scénariste roi de la comédie, cette histoire surprenante déçoit. Pourquoi? J'ai répété par deux fois le mot "Comédie". Parce qu'il était difficile de faire autrement, et ensuite parce qu'il est le centre du problème. En effet, le public attendait un nouvel épisode des pitreries de l'ami Richard, surtout après la période "Zidi" de ce dernier ("La moutarde me monte au nez" et "La course à l'échalote") D'accord l'acteur fait le kéké en cowboy, sort d'une caisse les cheveux garnis de paille (Il y a peu de différences) ou se livre à quelques autres pitreries du même tonneau, mais l'essentiel est ailleurs, bien au-delà du personnage lunaire composé par Richard. Le problème, c'est que "Le jouet" n'est pas une comédie. Pas une comédie dramatique, ni même une comédie de l'absurde. Non, il ne s'agit pas d'une comédie.
Car, de quoi est-il question ici? D'un enfant insupportable parce que trop gâté, trop gâté parce que son père n'a pas le temps de s'en occuper et compense en passant tout à son fils. Forcément, le rejeton, comme tous ses pareils, teste ses limites d'adulte. Jusqu'à lui demander de lui offrir un homme. Et c'est ce qui va rompre ce cercle vicieux. François Perrin (Patronyme fétiche du tandem Veber/Richard!) va dépasser la condition d'objet vivant qui lui es imposé en affirmant vis à vis du gamin une autorité et en lui apportant de l'affection, bref en devenant son père. C'est très probablement ce qui a dérouté les spectateurs de l'époque habitué à un Richard qui perturbe le jeu mais souvent malgré lui. Soit, il subit une situation ("Le grand blond avec une chaussure noire") soit il dérange tout sans vraiment s'en rendre compte ("Le distrait") Mais dans "Le jouet", il est dès le début un homme parfaitement conscient, comme lorsqu'il asperge de soda le chef de service de sa femme au début de l'histoire (Certes, il s'avère qu'il y a erreur sur la personne, mais bon, il fallait bien ça pour ne pas trop déranger les bonnes habitudes). Ce Perrin est bien décidé à ne pas se laisser faire.
Et le tout s'en ressent, les "gags" perdent leur pouvoir comique, ils ne tombent pas non plus à plat, ils sont les symptômes d'un monde adulte infantilisé, comme lorsque cette femme attachée à la maison du patron du patron (Sa maîtresse?) humilie Perrin en le faisant entrer dans une pièce bondée alors qu'il est en sous-vêtements (Perrin se vengera par la suite) Plaisanterie puérile venue d'une adulte. Et aussi, l'abdication des adultes, tel le PDG impitoyable qui ne se fait pas respecter chez lui.
C'est cela qui a dérangé. Le tandem Richard/Veber comprendra la leçon dans ses prochaines colaborations.
Pour la petite histoire, Francis Veber avait écrit le film mais ne souhaitait pas le réaliser. Ce ne fut que suite au conseil de son entourage qu'il s(y colla mais, étant peu sûr de lui, il s'adjoignit les services de Marco Pico en tant qu'assistant. Celui-ci avait par ailleurs dirigé Richard dans "Un nuage entre les dents" , ce qui explique sans doute ce choix. Veber le regretta, Pico se prenant pour le metteur en scène du film!