Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: Les gentils martiens, deux heures moins le quart avant E.T.
Tant au cinéma qu'en littérature, l'extra-terrestre est et demeure une figure essentielle. Bon, mauvais ou neutre, horrible ou presque humain, étranger en terre étrangère, il fascine, émeut ou effraie mais bouleverse toujours. Dans les diverses variétés d'être venus d'un peu plus loin qu'ailleurs, nous allons nous intéresser à la catégorie gentil martien (Ou assimilé, Mars étant rarement cité dans les films traités ici) Oui, le gentil extra-terrestre souvent égaré su la planète bleue qui suscite la convoitise des savants, la paranoia des militaires et la sympathie des enfants et des belles âmes. Heureusement, tout se termine bien à la fin. Vous l'aurez compris, on est dans E.T! Ceci posé, cet archétype a une histoire au cinéma, une genèse qui pourrait dater de la fin des années 60. A ce moment, il y avait eu quelques comédies ou la science fiction était prétexte à gags. On peut citer notamment "Ne jouez pas avec les martiens" de Henri Lanoe (France, 1967) mais rien de marquant. Le rire y remplaçait la crainte ou la fascination, mais la sympathie était absente.
A la vérité, personne n'y avait pensé. Personne sauf le célèbre cinéaste indien Satyajit Ray qui avait proposé aux studios hollywoodiens un scénario décrivant l'amitié entre un enfant et un être venu d'ailleurs. Entre eux deux, un allié en la personne d'un jardinier. Le sujet plut aux studios Universal et le projet semblait démarrer sur de bons rails. Au point que Ray put envisager pour le rôle du jardinier Steve McQueen ou Peter Sellers. Occupé ou pas intéressé, McQueen déclina l'offre. Il en alla tout autrement de Sellers, visiblement attiré par le projet. Mais là, ce fut Ray qui refusa d'engager l'acteur britannique à cause de son portrait d'indien dans "La party" , le cinéaste jugeant sa prestation raciste. C'était évidemment faux. Mais quoiqu'il en soit, le projet tomba à l'eau. Pas pour tout le monde. Une dizaine d'années plus tard, sortait E.T, l'histoire de l'amitié entre un enfant et une (très moche créature) venue d'un peu plus loin qu'ailleurs. Cela rappelait un certain scénario oublié d'un célèbre réalisateur indien. Melissa Mathison, la scénariste du film Spielberg, dut semble-t-il s'expliquer judiciairement. Mais c'est un autre sujet.
Cette anecdote marque peut-être la naissance officieuse du gentil alien. La fin des années 70 et le début des années 80 - soit la période qui précéda le film de Spielberg- en furent remplies. Des gentils visiteurs des étoiles de tout acabit débarquèrent sur les écrans. Il y eut donc "Les visiteurs d'un autre monde" de John Hough (Return from Witch mountain" de John Hough, Etats-unis, 1978) et ses extra-terrestres à l'allure adolescente sympathique. Un gars, une fille aux super pouvoirs traqués par un savant fou qui cherche à s'approprier leurs dons forcément dans une mauvaise intention, cela va sans dire. C'est gentillet, et ça permet de voir Christopher Lee en rupture de Dracula et Bette Davis cumulant plus que jamais ses points de retraite chez Disney. Sans oublier cette fameuse gueule de Anthony James en second couteau inquiétant. Il semblerait que la firme aux grandes oreilles nourrissait un intérêt certain pour les êtres étranges venus d'un peu plus loin qu'ailleurs. Si vous avez aimé les ados extra-terrestres, vous allez adorer le chat extra-terrestre made in Disney du "Chat qui vient de l'espace" de Norman Tokar (The cat from outer space", Etats-unis, 1978) En fait, le chat n'en est pas vraiment un puisqu'en fait, c'est un extra-terrestre à l'apparence de félin recueilli par un brave savant de seconde zone suit à la panne de son vaisseau spatial. C'est gentillet, pépère, réalisé par un vétéran des productions Disney rayon prises de vues réelles qui tirait là sa révérence.
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D'accord, la France n'est pas une terre pour le fantastique au cinéma (Il en va tout autrement de la littérature, mais ce n'est pas le sujet) Il n'empêche qu'il y eut chez nous quelques tentatives, parfois réussies, parfois ratées, parfois relevant de la curiosité. Le cas de "Ils sont grands ces petits" de Joel Santoni, est à ce titre un casse-tête tant les baisses et les remontées de niveau sont ici fréquentes. Mais d'abord, de quoi ça parle? De deux amis d'enfance dont les pères ont disparus lors d'une partie de pêche - des pères par ailleurs scientifiques marginaux. Les deux amis - un gars, une fille, encore une fois- cherchent la vérité quant à cette disparition, ce qui n'est ps si simple car ils doivent également lutter contre un cupide promoteur. Heureusement, il y a des maquettes téléguidées qui permettent de commettre des hold-ups, un robot maladroit et un émir qui deviendra le mécène des deux compères. C'est rigolo, un peu mou mais il ne faut pas bouder son plaisir devant Catherine Deneuve pour une fois dans une comédie (La fin des 70s fut d'ailleurs difficile pour l'actrice) Claude Brasseur égal à lui-même, Claude Piéplu irrésistible en salaud doucereux et même au détour de quelques scènes ou plans Jean François Balmer et Jean Pierre Coffe. Et les extra-terrestres dans tout ça? C'est vrai, c'est le sujet de l'article, après tout! Eh bien, après l'extra-terrestre ado, le chat extra-terrestre, voici les extra-terrestres invisibles! Eh oui ce sont eux qui ont enlevés dans cette histoire les papas de Deneuve et Brasseur. Lesdits papas reviennent sur Terre depuis un engin qui n'est pas montré mais vient sûrement d'ailleurs. On ne voit qu'une échelle par laquelle descendent les papas, lesquels s'exclament "Ils sont grands ces petits!" Logique. A noter que le réalisateur Joel Santoni avait commencé par un cinéma assez singulier (Le très surprenant "Les yeux fermés" traitant du basculement dans la folie) avant de finir de servir la soupe à TF1 avec "Une famille formidable" Curieux parcours.
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Pour finir, restons en France, avec du lourd. Je veux dire du lourd. "La soupe aux choux" de Jean Girault (France, 1981) Cette foi, c'est l'extra-terrestre en milieu rural. Mais faut-il présenter la chose? Le concours de pets qui provoque l'arrivée d'un extra-terrestre dans le jardin d'un paysan à la retraite et de son acolyte dont la mairie aimerait bien se débarrasser. Méditation sur la vieillesse et le conflit des générations et farce paysanne rigolote qui ne brille certes pas par la légèreté mais vaut mieux que ce que certains en ont dit. On peut saluer la performance de Jacques Villeret en extra-terrestre débonnaire très moyen intellectuellement, ce qui change des créatures redoutables. Enfin; il n'est pas si étonnant de voir De Funès dans un film de science-fiction fut il comique. Il avait touché deux fois au genre avec "Hibernatus" et "Le gendarme et les extra-terrestres". Enfin, pour l'anecdote, le tournage de ce qui devait être le dernier film de De Funès, fut aussi pour l'acteur l'occasion de fêter son anniversaire. Villeret et Jean Carmet lui offrirent les cadeaux de ses rêves, un téléphone sans fil et la collection complète en super 8 des films de Laurel et Hardy.
C'était en 1981, un an plus tard, un autre visiteur arriverait, "Maison, maison!"