Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Les fugitifs" de Francis Veber et "Tenue de soirée" de Bertrand Blier (France, 1986)
Les années 6, ça continue. Et c'est déjà la fin de la série. J'espère qu'elle vous manquera. Et comme il convient de faire une fin, j'achève ce cycle par un doublé. Deux films français à la fois fort différents et très semblables sortis en 1986.
Commençons par la présentation des objets " Les fugitifs" est une comédie qui réunit l'équipe Depardieu/Richard/Veber formée depuis "La chèvre", premier opus de ce qui allait devenir une trilogie poursuivie par "Les compères" et conclue par les présents "Compères". Tous ont en commun le rire et l'émotion et tous ont en commun de reposer sur la dualité des personnages interprétés par Richard et Depardieu. Le candide maladroit et malchanceux et fragile face à l'homme solide et pragmatique. Il résulte du duo des aventures rocambolesques qui aboutissent à des fins heureuses qui rapprochent ces histoires du conte de fées- toutes proportions gardées, il va sans dire.
"Tenue de soiré" ensuite. Là il s'agit d'une comédie provocatrice, ou abondent les mots crus et les situations absurdes, derrière lesquels se cache un grand pessimisme. Mais là aussi, il y a Depardieu, colosse à priori invulnérable face à un chétif à priori sans défense, en l'occurrence Michel Blanc.
C'est ce qui me permet de faire le lien entre les deux. La force et la faiblesse supposées des uns et des autres qui vont être parfois remises en question au cours du récit. En effet, dans les deux, Depardieu se fait braquer littéralement. Par Richard comme par Blanc. Pour ce qui concerne "Les fugitifs" l'image d'un Pierre Richard menaçant Depardieu avec une arme à feu fut même utilisée pour la publicité du film. Par ailleurs les deux films s'intéressent à des marginaux et de manière indirecte évoque le chômage de masse qui touche alors la France. Dans "Les fugitifs", Pierre Richard est un chômeur anciennement intégré à la société que le désespoir pousse au crime. Dans "Tenue de soirée", le couple Michel Blanc/Miou Miou est une paire de marginaux vivant dans une caravane qui tombe sous la coupe de Bob, un voyou qui s'est entiché de Antoine/Michel Blanc. C'est d'ailleurs une figure courante du cinéma des années 80 de "37,2 le matin" aux "Frères pétard" Des êtres qui s'efforcent de survivre tout en transgressant, La loi, bien sûr, y compris celle du Milieu (Voir Depardieu tenir tête à Jean Benguigui, lequel est persuadé que le truand doit se faire tout petit parce qu'il est en cavale) Mais aussi les moeurs. Sur ce terrain, c'est Blier qui semble emporter la mise avec cette improbable liaison homosexuelle qui tourne à la caricature du couple hétérosexuel pour finir en club travesti. Sans compter les tirades de l'ami Gérard prêt à voler le pucelage de Michel Blanc.
Pourtant, Veber touche aux mêmes thèmes sans en avoir l'air. En particulier à la fin du film qui consacre la cavale de ses "Fugitifs". Afin de passer inaperçus, Depardieu enfile un costume et chausse des lunettes, puis donne une apparence de garçon à la fille de Pierre Richard avant de travestir ce dernier ("Mais ça va pas, même au Brésil, je me fais arrêter!"Proteste-t-il) D'ailleurs, la fillette déprimée reprend goût à la vie, retrouve le sourire et appelle son père "Maman!" De quoi réjouir les théoriciennes du genre. Or, il semblerait u'à l'époque, personne ne s'en soit rendu compte.
La chose n'a en fait rien d'étonnant, sachant que Veber était l'adaptateur de "La cage aux folles" qui en disait également long sur ces sujets, notamment l'homoparentalité.