Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: "Luxure" de Max Pécas (France, 1976)
Une femme désespérée par sa rupture avec son amant trouve refuge dans une luxueuse auberge en forêt. Hantée par des idées suicidaires, elle reprend goût à la vie grâce à un jeune homme, également résident de l'hôtel. qui se trouve être le sosie de son amour perdu...
Il y a eu une question lancinante dans le petit monde de la critique: le porno est-il du cinéma? . Le porno d'une certaine époque, cela va sans dire. Celui d'avant Jacquie et Michel, celui balbutiant, hésitant entre le respect des règles narratives et la partie de jambes en l'air sans complexes. C'est d'ailleurs précisément pour cela qu'alors, personne ne tranchait vraiment la question et ce malgré l'opinion largement répandue: quand on a vu un porno, on les a tous vu! Oui, les films de fesse subissaient le même mépris que les films de Karaté. Souvent à raison.
Mais qu'en est-il de cette "Luxure"? Le film présente un certain nombre de qualités visuelles, tout d'abord. Soin accordé aux lumières - en particulier lors de l'orgie finale. Recherche esthétique lors des fantasmes de la protagoniste ou les figurants sont remplacés par des mannequins à leur effigie. Une utilisation judicieuse du zoom lors de l'introduction (Pas de mauvais jeux de mots, SVP!) et de plans de coupe. Soin apporté aux costumes et aux accessoires, notamment les perruques et les lunettes dont le port ou l'absence signalent les humeurs hésitantes du personnage de Karine Gambier.
Ensuite, il y a de vraies motivations dans les scènes de sexe qui reflètent chacune l'évolution du personnage principal qui part du désespoir pour parvenir à la délivrance. Enfin, il y a le jeu entre rêve et réalité, refoulement et défoulement qui est assez subtil et préfigure presque par moment les futures expériences de...David Lynch!
Alors, le porno est-il du cinéma? Dans le cas présent, assurément. Certains s'en étonneront sachant qu'en plus, la chose est signée Max Pécas au nom associé le plus souvent à des comédies lourdingues. "Luxure" fut d'ailleurs réalisé avant la période "Marche pas sur mes lacets" du réalisateur. "Luxure" fut son seul porno. Et un de ses meilleurs films!