Bog auteur consacré à la littérature et au cinéma de genre, principalement le noir mais pas seulement.
Aujourd'hui: Edition spéciale Sergio Leone, producteur.
Aujourd'hui: "Mon nom est personne/Il mio nome e nessuno" de Tonino Valeri (Italie, 1973) et 'Un génie, deux associés, une cloche/Un genie, due compari, un pollo" de Damiano Damiani (Italie, 1975)
Vous me pardonnerez de me montrer aussi personnel mais les films dont il va être question ici sont particulièrement chers à mon coeur. IL en va ainsi des premiers films vus, des premiers livres lus, bref de tout ce qui appartient aux premiers ressentis. On ne garde évidemment pas tout, mais certaines choses demeurent malgré tout.
C'est le cas de ces deux westerns dits "Spaghetti" tout deux produits par Sergio Leone alors que ce dernier s'était retiré de la réalisation pour se consacrer uniquement à la production - du moins officiellement, car les choses ne furent pas aussi claires, mais j'y reviendrais. Quand j'ai vu ces films modeste spectateurs, Leone en était encore à préparer ce qui serait son dernier opus "Il était une fois en Amérique" et le western italien n'existait déjà. Il gardait cependant une grande popularité, preuve en en était sa circulation dans de nombreuses salles de quartier guettées par l'agonie en cette fin d'années 70, l'époque ou je commençais à fréquenter les salles obscures.
Je me régalais donc de ce qui relevait du passé ou qui ne tarderait pas à le devenir.
Quoiqu'il en soit, quid des films eux-mêmes? Comme il convient de commencer par le commencement, autrement dit s'en tenir à la chronologie, attaquons avec "Mon nom es personne". Il s'agit dans ce cas du vrai:faux affrontement d'une légende de l'ouest sur le retour, Beauregard (Henry Fonda) et de son admirateur forcené, Personne, un jeune aventurier (Terence Hill). C'est la rencontre du classique et du moderne, du sérieux et de la fantaisie, de l'Europe et de l'Amérique, du monde anglo-saxon et de l'univers latin. Bref, le mélange des contraires à priori contre-natures mais qui finissent par s'unir. Outre la qualité de son humour qui le situe au-dessus de la majorité des westerns comiques produits alors (Dont ceux tournés par Terence Hill!) "Mon nom est personne" présente un autre aspect qui retient l'attention. Le rôle de Terence Hill est en fait celui du metteur en scène en cela qu'il aide le personnage de Henry Fonda à asseoir sa légende et à sortir en beauté du jeu. On peut y ajouter l'épaisseur du personnage de Beauregard, vétéran de la conquête de l'ouest qui n'idéalise en rien son passé bien qu'il admette que lui et ses pairs étaient plus sentimentaux que leurs successeurs - ceux-là même que lui et Personne affrontent au cours du récit. Il constate par ailleurs le changement opéré dans l'usage de la violence désormais plus organisée qu'auparavant. Un aspect qu'il faut surtout ne pas oublier est la conclusion qui voit Henry Fonda prendre le bateau pour l'Europe. C'est à dire la source de l'Amérique.
Une controverse entoura la sortie du film qui pourrait se résumer ainsi: "Qui a réalisé?" En effet, bien que signé Tonino Valeri, beaucoup ne virent que le nom du producteur Sergio Leone. S'il est fort probable que celui-ci ait tenu la caméra lors de plusieurs séquences (Notamment celles ou Terence Hill joue comme un attardé mental, un "fait-exprès" de Leone qui ajouta ce matériel pour que le film ne soit pas "trop bon"!) la chose est bien de Valeri. Concernant les prises de vue. Car, en revanche, "Mon nom est personne" porte l'empreinte du réalisateur. La présence de Henry Fonda ( Présent évidemment dans " Il était une fois dans l'ouest") les clins d'oeils à Peckinpah (Dont le nom es cité sur une croix dans un cimetière!) et la volonté malgré tout, de produire un western comique réussi, tout cela émane de Leone. Par ailleurs, à cause et en dépit de ses manigances, le cinéaste veut enterrer un genre. A ce titre, Leone est un fossoyeur. Du western américain classique par ses premiers films, du western italien qu'il avait contribué à créer avec "Il était une fois dans l'ouest", du western "Zapata" avec "Il était une fois la révolution" qui par la même enterre les idéaux politiques,et enfin le western comique- par procuration- avec "Mon nom est personne" Avant de s'occuper du film de gangsters avec "Il était une fois en Amérique" Mais c'est une autre histoire.
Passons maintenant à "Un génie, deux associés, une cloche", récit d'un casse sur fond de guerres indiennes par un joyeux trio composé d'un rusé (Terence Hill) une gentille (Miou Miou) et un métis indien ahuri, la cloche du titre (Robert Charlebois)
Il y a moins à dire sur celui-là que sur le précédent. Certes, il bénéficie d'une distribution ahurissante - Terence Hill, Robert Chrlebois, Miou-Miou, Klaus Kinski, Patrick MacGoohan et Jean Martin, qui dit mieux en matière d"éclectisme - ou de n'importe quoi.
Le film est amusant, bien tourné mais un peu creux. Reste qu'il est d'abord et surtout celui des rendez-vous manqués. D'abord pour le scénariste Ernesto Gastaldi (Déjà auteur du script de "Mon nom est personne") qui ne décoléra pas dès qu'il vit ce que le réalisateur Damiano Damiani avait de son scénario basé sur le princiipe de "L'arnaque" et dont il ne resta rien à l'écran. Ensuite pour Sergio Leone qui aurait souhaité Patrick Dewaere et Gérard Depardieu qu'il avait apprécié à la vision des"Valseuses". Il n'eut que Miou-Miou mais se jura d'employer les acteurs susmentionnés. D'abord pour "Il était une fois en Amérique", ce qui n'arriva pas, puis dans un film sur la boxe. Ce qui n'arriva pas non plus...
Pour finir, une pensée pour Jean Martin, grand comédien de second rôle au cinéma, au théâtre et à la télévision qui apparaît dans les deux films chroniqués.